Revue sur les altérations du goût et de l’odorat chez des patients atteints de cancer et traités par chimiothérapie

Publication

2019

Population

Patients atteints de cancer et traités par chimiothérapie

Auteurs

Kenza Drareni, Anestis Dougkas, Agnes Giboreau, Martine Laville, Pierre-Jean Souquet, Moustafa Bensafi

Introduction

Les altérations du goût et de l’odorat constituent des effets indésirables fréquents de la chimiothérapie et peuvent modifier le comportement alimentaire des patients atteints de cancer. Cependant, les résultats des études sont hétérogènes et les liens entre ces altérations sensorielles et les modifications des apports alimentaires restent mal compris.

Cette revue avait pour objectif de synthétiser les données disponibles concernant les relations entre les altérations du goût et de l’odorat induites par la chimiothérapie et les modifications du comportement alimentaire chez les patients atteints de cancer.

Méthodologie

opulation

Revue de la littérature incluant 13 études publiées entre 1990 et juin 2018, réalisées chez des patients adultes atteints de différents types de cancers recevant une chimiothérapie (cancers du sein, du poumon, digestifs, gynécologiques, hématologiques, etc.). Les études incluaient, selon les cas, des groupes témoins sains.

Temps d’évaluation

Les études incluses comportaient :

  • des évaluations transversales réalisées pendant la chimiothérapie ;
  • des évaluations longitudinales réalisées avant le traitement, pendant les différents cycles de chimiothérapie et parfois jusqu’à 6 mois après la fin du traitement.

Tests effectués

  • questionnaires subjectifs évaluant les altérations du goût et de l’odorat ;
  • tests psychophysiques objectifs (Taste Strips, Sniffin’ Sticks, électrogustométrie, seuils olfactifs) ;
  • questionnaires sur l’appétit, les préférences alimentaires et le comportement alimentaire ;
  • journaux alimentaires et rappels alimentaires de 24 heures ou sur 3 jours ;
  • mesures des apports énergétiques, protéiques, du poids et de la composition corporelle.

Principaux résultats

  1. Les études mettent en évidence une grande variabilité des altérations sensorielles induites par la chimiothérapie. Les auteurs distinguent trois profils de patients : ceux ne présentant pas d’altération sensorielle, ceux présentant une diminution de la perception du goût et/ou de l’odorat (hypochémosensation) et ceux présentant une augmentation de cette perception (hyperchémosensation). Cette hétérogénéité pourrait expliquer les résultats parfois contradictoires de la littérature.
  2. Les altérations du goût et de l’odorat sont associées à des modifications du comportement alimentaire. La plupart des études rapportent une diminution des apports énergétiques et protéiques, des modifications des préférences alimentaires, une baisse de l’appétit ainsi qu’une réduction du plaisir de manger chez les patients présentant des altérations sensorielles.
  3. Les auteurs soulignent l’importance de prendre en compte les différences individuelles dans l’évaluation des troubles sensoriels. Des facteurs tels que l’âge, le sexe, les variations génétiques des récepteurs gustatifs et olfactifs, la densité des papilles fongiformes ou encore les caractéristiques de la salive pourraient influencer la perception sensorielle et la réponse à la chimiothérapie. Une meilleure caractérisation des profils sensoriels permettrait d’adapter plus efficacement les interventions nutritionnelles.

Conclusion

Cette revue montre que les altérations du goût et de l’odorat induites par la chimiothérapie sont étroitement liées aux modifications du comportement alimentaire, mais que leur expression varie fortement d’un patient à l’autre. Les auteurs proposent une classification des patients selon leur profil sensoriel et soulignent l’intérêt d’une évaluation sensorielle individualisée afin de mieux comprendre les difficultés alimentaires et de développer des stratégies nutritionnelles personnalisées.