Changement de perceptions des odeurs chez des patients atteints de cancer du poumon traité par cisplatine
Population
Patients atteints de cancer du poumon et volontaires sains
Auteurs
P. Joussain, A. Giboreau, M. Fontas, M. Laville, T. Hummel, P.J. Souquet,
M. Bensafi
Introduction
Les patients recevant une chimiothérapie rapportent fréquemment des modifications de l’odorat pouvant altérer leur alimentation et leur qualité de vie. Les études précédentes n’avaient cependant pas mis en évidence d’altération des capacités de détection ou d’identification des odeurs sous cisplatine, alors que les modifications du caractère agréable des odeurs (dimension hédonique) avaient été peu étudiées.
Cette étude visait à évaluer l’effet d’une chimiothérapie à base de cisplatine dans le cancer du poumon sur différentes dimensions de la perception olfactive, en particulier le caractère agréable des odeurs alimentaires.
Méthodologie
Population
- 15 patients atteints d’un cancer bronchique traités par cisplatine (≥ 3 cycles de chimiothérapie).
- 15 sujets témoins appariés sur l’âge, sans cancer.
Temps d’évaluation
- Patients : deux évaluations, avant le premier cycle puis après le troisième cycle de chimiothérapie.
- Témoins : deux évaluations espacées d’environ six semaines.
Tests effectués
- European Test of Olfactory Capabilities (ETOC) comprenant 16 odeurs (8 odeurs alimentaires et 8 odeurs non alimentaires).
- Évaluation de :
- la détection des odeurs ;
- l’identification des odeurs ;
- l’intensité perçue ;
- le caractère agréable (pleasantness) ;
- la familiarité ;
- le caractère alimentaire (edibility) de chaque odeur.
Principaux résultats
- La chimiothérapie par cisplatine diminue spécifiquement le caractère agréable et la familiarité des odeurs alimentaires, tandis que les odeurs non alimentaires ne sont pas affectées. Les patients perçoivent ainsi les odeurs des aliments comme moins agréables après la chimiothérapie.
- Les performances olfactives restent globalement préservées. Aucune différence significative n’est observée concernant la détection, l’identification ou l’intensité perçue des odeurs, que celles-ci soient alimentaires ou non alimentaires. Les modifications concernent donc principalement la dimension hédonique de la perception olfactive.
- Les auteurs suggèrent que cette diminution du plaisir associé aux odeurs alimentaires pourrait contribuer aux troubles alimentaires observés sous chimiothérapie. Elle pourrait résulter d’une aversion conditionnée liée aux effets secondaires digestifs (nausées, malaise) ou d’un effet neurotoxique du cisplatine sur les structures impliquées dans la perception olfactive. Ces modifications pourraient avoir des conséquences sur les préférences alimentaires, les apports nutritionnels et la qualité de vie des patients.
Conclusion
La chimiothérapie par cisplatine dans le cancer du poumon n’altère pas les capacités de détection ou d’identification des odeurs, mais diminue le caractère agréable et la familiarité des odeurs alimentaires. Cette altération de la dimension hédonique de l’olfaction pourrait contribuer aux difficultés alimentaires observées chez les patients atteints d’un cancer bronchique et souligne l’importance de prendre en compte les modifications sensorielles dans leur prise en charge nutritionnelle.