Les troubles de l’odorat modifient-ils le plaisir de manger dans le cancer du poumon ?
Population
44 patients atteints d’un cancer bronchique
44 participants témoins
Auteurs
Drareni K., Dougkas A., Giboreau A., Laville M., Souquet P.J., Nazare J.A., Fournel P., Bensafi M.
Introduction
Les troubles du goût sont régulièrement évoqués par les patients atteints de cancer. En revanche, les altérations de l’odorat restent moins étudiées alors qu’elles jouent un rôle essentiel dans la perception des aliments, le plaisir de manger et les habitudes alimentaires.
L’objectif de cette étude était de mieux comprendre l’impact du cancer du poumon et de la chimiothérapie sur les capacités olfactives et d’évaluer les conséquences de ces modifications sur les comportements alimentaires.
Méthodologie
Population :
- 44 patients atteints d’un cancer bronchique recevant une chimiothérapie à base de cisplatine
- 44 participants en bonne santé du même âge et du même sexe
Temps d’évaluation :
- Avant le début du traitement
- Six semaines après le 1er cycle de chimiothérapie
Tests effectués :
- ETOC détection des odeurs et identification des odeurs (16 odeurs, intensité de 1 à 9)
- Taste strips perception du goût (4 goûts, intensité de 1 à 9)
- Habitudes alimentaires et culinaires (8 questions)
Principaux résultats
- Les troubles sensoriels sont fréquents
Près de la moitié des patients présentaient déjà une diminution de l’odorat et du goût avant même le début de la chimiothérapie.
- Les capacités olfactives sont réduites
Les patients obtenaient des résultats inférieurs aux participants témoins pour :
– détecter les odeurs
– identifier correctement les odeurs
Ces différences étaient observées avant et pendant le traitement.
- Les odeurs alimentaires deviennent moins attractives
Les patients percevaient les odeurs associées aux aliments comme moins « comestibles » que les participants en bonne santé.
Cette différence concernait spécifiquement les odeurs alimentaires et non les odeurs non alimentaires.
- Les habitudes alimentaires évoluent
Les chercheurs ont observé davantage de modifications alimentaires chez les patients :
– changements dans les habitudes alimentaires
– suppression de certains aliments ou boissons
– ajustements des pratiques culinaires
- Les patients développent des stratégies d’adaptation
Les personnes présentant une diminution de l’odorat avaient tendance à utiliser davantage de condiments, d’épices et d’assaisonnements.
Cette stratégie pourrait permettre de compenser la baisse des perceptions sensorielles et de maintenir le plaisir alimentaire.
Conclusion
Les altérations de l’odorat sont fréquentes chez les patients atteints d’un cancer du poumon.
Elles sont associées à des changements dans la perception des aliments et dans les habitudes alimentaires. Les patients mettent souvent en place des mécanismes d’adaptation, notamment grâce à l’utilisation d’assaisonnements et d’épices.
Ces résultats soulignent l’importance de mieux prendre en compte la dimension sensorielle de l’alimentation dans l’accompagnement des patients atteints de cancer.